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Pierre Cabana explique un rapport d’étude avant forage au Maroc

Au Maroc, lorsqu’un puits s’assèche ou qu’un forage ne fournit plus suffisamment d’eau, une réaction revient souvent : forer plus profond et installer une pompe plus puissante.

200 mètres, 300 mètres, parfois davantage.

Mais est-ce toujours la bonne réponse ?

Chez Allo Eau Maroc, notre métier est précisément de rechercher l’eau souterraine avant forage. Et notre expérience du terrain nous rappelle régulièrement une réalité : l’eau n’est pas présente partout, elle n’est pas toujours accessible dans des conditions raisonnables et, lorsqu’elle existe, elle n’est pas inépuisable.

Nous rencontrons des terrains favorables, des situations difficiles et parfois des terrains où nos investigations ne permettent pas d’identifier une cible suffisamment convaincante pour recommander sereinement un forage.

Dans ce cas, notre métier n’est pas d’inventer de l’eau.

Notre responsabilité est de le dire au client.

Alors, au-delà de la recherche d’eau et du forage, et si nous parlions aussi de la ressource que nous laisserons demain ?

Forer plus profond n’est pas une étude hydrogéologique

Lorsqu’un forage produit moins, il peut être tentant de penser qu’il suffit de descendre davantage.

Pourtant, la profondeur ne crée pas l’eau.

Le sous-sol n’est pas un immense réservoir uniforme dans lequel il suffirait de descendre jusqu’à rencontrer une nappe.

La géologie change. Les formations géologiques changent. Les zones fracturées peuvent être discontinues. Certaines structures peuvent présenter un intérêt hydrogéologique alors que d’autres sont peu favorables.

Forer à 300 ou 500 mètres simplement parce qu’un voisin a rencontré de l’eau à cette profondeur peut donc conduire à engager des sommes considérables sans savoir si la situation géologique est comparable.

C’est précisément l’intérêt d’une étude hydrogéologique et géophysique avant forage : recueillir et croiser des informations, comparer différentes zones et réduire l’incertitude avant d’engager les travaux.

👉 Comment trouver de l’eau avant forage – Allo Eau Maroc

👉 Notre méthode de travail

Une étude sérieuse doit également pouvoir aboutir à une conclusion que le propriétaire n’a pas forcément envie d’entendre :

« Nous ne disposons pas d’éléments suffisamment favorables pour vous conseiller raisonnablement de forer ici. »

Allo Eau a d’ailleurs inscrit ce principe dans ses engagements : l’objectivité peut conduire à déconseiller un forage ou à recommander des investigations supplémentaires. (Allo Eau Maroc)


Trouver de l’eau ne signifie pas trouver une ressource infinie

Supposons maintenant que l’étude soit favorable et que le forage rencontre effectivement de l’eau.

Le problème est-il définitivement réglé ?

Non.

Il faut distinguer trois choses : la présence d’eau, le débit que peut produire un forage et la quantité que la ressource peut supporter durablement.

Une pompe puissante peut extraire beaucoup d’eau.

Mais une pompe, quelle que soit sa puissance, ne recharge pas une nappe.

Si nous prélevons durablement davantage d’eau que le système ne peut en renouveler, nous puisons progressivement dans ses réserves.

C’est pourquoi rechercher systématiquement le débit maximal n’est pas nécessairement la meilleure manière de gérer un forage.

Une pompe correctement dimensionnée, correspondant au besoin réel, accompagnée d’un suivi du niveau d’eau, peut être beaucoup plus rationnelle qu’une course à la puissance.

L’essai de pompage prend ici toute son importance : débit, rabattement, récupération du niveau et comportement du forage apportent des informations essentielles sur la ressource réellement exploitable.


Marrakech et le Haouz : ce n’est plus une question théorique

Nous travaillons quotidiennement dans la région de Marrakech-Safi. La situation du Haouz-Mejjate nous concerne donc directement.

L’Agence du Bassin Hydraulique du Tensift considère cette nappe comme surexploitée sous la pression du développement agricole, urbain, industriel et touristique. Son bilan fait apparaître pour la nappe du Haouz un déficit de l’ordre de 112 millions de m³ par an. (ABHT)

La Convention Eau du Haouz-Mejjate arrive au même constat : les eaux souterraines y sont sollicitées au-delà de leur potentiel renouvelable et le déstockage est évalué à environ 110 millions de m³ par an. La baisse des niveaux et de la productivité de l’aquifère menace la durabilité de cette ressource stratégique et des usages qui en dépendent. (Convention ABHT)

Ces chiffres donnent un autre sens à la question :

« À quelle profondeur dois-je forer ? »

La question devrait parfois devenir :

« Quelle quantité pouvons-nous raisonnablement continuer à prélever ? »


Un cas qui nous a particulièrement marqués : environ 300 hectares

Certaines situations rencontrées sur le terrain font réfléchir.

Au cours de l’une de nos missions sur une propriété agricole d’environ 300 hectares, nos investigations ont montré une ressource devenue extrêmement limitée : une seule zone favorable réellement identifiable sur l’ensemble étudié.

Ce constat est un retour d’expérience Allo Eau ; il ne constitue évidemment pas une généralité applicable à toutes les exploitations agricoles.

Mais devant une situation pareille, la question change complètement.

Elle n’est plus :

« Comment sortir le maximum d’eau ? »

Elle devient :

« Comment préserver le plus longtemps possible ce qu’il reste ? »

Lorsqu’une ressource devient aussi limitée, installer systématiquement une pompe toujours plus puissante peut aller exactement à l’encontre de l’objectif recherché.

Il faut mesurer, observer, dimensionner les prélèvements et adapter les besoins à la réalité de la ressource.


Une nappe ne s’arrête pas à la clôture d’une propriété

C’est probablement l’une des choses les plus importantes à comprendre.

Un terrain appartient à son propriétaire. Une nappe souterraine fonctionne à une autre échelle.

Plusieurs exploitations agricoles, des habitations, un village, un hôtel, une industrie ou d’autres activités peuvent dépendre du même système aquifère.

La multiplication des forages et des pompages doit donc être considérée dans son ensemble.

Si chacun raisonne uniquement :

« Mon forage peut produire 30 m³/h, donc je vais pomper 30 m³/h »,

nous oublions les prélèvements cumulés sur la ressource.

La question devient alors aussi celle d’une gestion partagée et équitable de l’eau.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) considère justement que les mécanismes de gestion doivent permettre une utilisation des ressources qui soit à la fois durable, efficiente et équitable, tout en luttant contre la surexploitation et l’exploitation illicite. (CESE)

Lire l’avis du CESE sur l’exploitation des ressources en eau

L’avenir ne peut donc pas être une compétition où celui qui possède le forage le plus profond et la pompe la plus puissante prélève l’eau avant son voisin.


Quand l’eau disparaît, ce n’est pas seulement un forage qui s’arrête

Nous parlons beaucoup de profondeur, de débit et de mètres cubes.

Mais derrière les mètres cubes, il y a des personnes.

Une exploitation agricole privée d’une ressource suffisante peut être obligée de réduire sa production.

Moins de production peut signifier moins d’activité, moins d’emplois permanents ou saisonniers et parfois l’abandon progressif de terres devenues difficiles à exploiter.

Lorsque ce phénomène touche tout un territoire, les conséquences peuvent devenir économiques et sociales.

L’eau n’est évidemment pas la seule cause du chômage rural ou de l’exode vers les villes. Les facteurs sont nombreux : économiques, sociaux, climatiques, démographiques.

Mais une agriculture qui ne dispose plus d’une ressource en eau viable peut difficilement maintenir durablement le même niveau d’activité et d’emploi.

Préserver l’eau, c’est donc aussi participer à la préservation des exploitations, des emplois et de la vie des territoires ruraux.

C’est d’ailleurs pour cette raison que nous considérons chez Allo Eau que la responsabilité environnementale est également une responsabilité économique et humaine. Notre page consacrée à nos valeurs rappelle explicitement le lien entre eau, développement des territoires, exploitations agricoles, entreprises et populations. (Allo Eau Maroc)


Agriculture d’exportation : exportons-nous aussi une partie de notre eau ?

Il ne s’agit certainement pas d’accuser les agriculteurs.

L’agriculture crée de la richesse, des emplois et des exportations importantes pour le Maroc.

Mais dans un pays soumis au stress hydrique, nous devons pouvoir poser une question sans tabou :

toutes les cultures sont-elles adaptées à toutes les régions et à toutes les ressources disponibles ?

L’avocat, la pastèque et d’autres cultures irriguées sont régulièrement cités dans le débat sur l’eau au Maroc.

Le véritable problème n’est cependant pas de désigner arbitrairement une culture comme responsable.

La bonne question est :

combien d’eau faut-il pour produire, d’où vient cette eau et la ressource locale peut-elle supporter durablement ces prélèvements ?

Lorsqu’un produit agricole est exporté, l’eau nécessaire à sa production a été mobilisée au Maroc. C’est le principe couramment désigné par l’expression « eau virtuelle ».

Une production peut être parfaitement cohérente dans une région disposant d’une ressource adaptée et poser une question beaucoup plus sérieuse lorsqu’elle dépend d’une nappe déjà déficitaire.


La réglementation a précisément pour rôle de protéger une ressource commune

La gestion de l’eau souterraine ne relève pas uniquement de la responsabilité individuelle.

Les prélèvements et les forages s’inscrivent dans un cadre réglementaire et dans les politiques conduites par les Agences de Bassin Hydraulique.

Le CESE rappelle que le Maroc dispose de mécanismes d’autorisation et de contrôle destinés précisément à réguler l’accès à l’eau et à lutter contre la surexploitation. Il constate cependant que les ressources restent soumises à des pressions importantes. (CESE)

Cela conduit à une distinction essentielle :

la profondeur techniquement accessible n’est pas automatiquement la profondeur qu’il est pertinent ou réglementairement possible d’exploiter.

Avant un projet important ou un forage profond, le propriétaire doit donc également vérifier auprès de l’Agence du Bassin Hydraulique compétente les règles et autorisations applicables à son terrain.

L’étude hydrogéologique et géophysique répond à une question technique.

L’autorisation répond à une question réglementaire.

Il ne faut pas confondre les deux.


Et si la solution n’était pas toujours un nouveau forage ?

Protéger les nappes ne signifie pas arrêter l’agriculture, l’industrie, le tourisme ou le développement économique.

Cela signifie aussi chercher la bonne ressource pour le bon usage.

Et dans ce domaine, le Maroc est déjà en train de changer.


Réutiliser l’eau : pourquoi la prélever deux fois ?

Toutes nos activités n’ont pas besoin d’utiliser une eau souterraine de bonne qualité.

Après un traitement approprié et dans le respect des règles sanitaires et techniques applicables, les eaux usées traitées peuvent être réutilisées pour certains usages.

Cette solution se développe déjà au Maroc.

À Marrakech notamment, une installation de réutilisation mise en service en juin 2024 dispose d’une capacité annoncée de 12 millions de m³ par an. Plusieurs installations de ce type fonctionnent dans le pays. (Maroc)

L’intérêt est évident :

chaque fois qu’une eau recyclée peut raisonnablement remplacer une eau prélevée dans une nappe, nous réduisons potentiellement la pression sur la ressource souterraine.


Récupérer davantage l’eau de pluie

Nous devons également regarder vers le ciel avant de regarder systématiquement sous nos pieds.

Dans certaines configurations, les toitures de bâtiments agricoles, industriels, hôtels, résidences et autres grandes surfaces peuvent permettre de récupérer une partie des précipitations.

Au Maroc, cette ressource reste naturellement irrégulière.

La récupération de l’eau de pluie ne remplacera donc pas à elle seule un forage destiné à alimenter une grande exploitation agricole.

Mais aucune solution ne doit nécessairement tout remplacer.

Stockage, économie d’eau, irrigation efficiente, recyclage et récupération des eaux pluviales peuvent se compléter.

Quelques milliers de mètres cubes économisés ou récupérés sont autant de mètres cubes qu’il n’est peut-être pas nécessaire de prélever sous terre.


Le dessalement change également l’équation

Pour les régions côtières et les grands besoins urbains, agricoles ou industriels, le dessalement prend une place de plus en plus importante.

En mai 2026, la capacité annuelle de production d’eau dessalée du Maroc atteignait 420 millions de m³. L’objectif annoncé est de la porter à 1,7 milliard de m³, notamment afin de diversifier les approvisionnements et de réduire la dépendance aux barrages et aux nappes phréatiques. (Maroc)

Voir les données officielles sur le dessalement au Maroc

Le dessalement n’est évidemment pas gratuit ni applicable partout. Il nécessite énergie, investissements, réseaux et gestion environnementale des installations.

Mais son développement démontre quelque chose d’essentiel :

l’avenir hydrique du Maroc ne reposera probablement pas sur une seule ressource.

Dessalement, réutilisation, barrages, interconnexions, récupération, économies et eaux souterraines devront être considérés ensemble.


Et l’eau souterraine restera indispensable

Parler de solutions alternatives ne signifie absolument pas que le forage n’a plus d’avenir.

Dans de nombreuses régions, l’eau souterraine restera indispensable.

Cela signifie simplement que plus cette ressource devient stratégique et rare, plus nous devons la connaître avant de l’exploiter.

C’est exactement là que notre métier prend tout son sens.

Une étude hydrogéologique et géophysique ne doit pas être une formalité précédant l’arrivée de la foreuse.

Elle doit aider à comprendre le terrain, rechercher les zones présentant le meilleur intérêt, comparer les informations disponibles et réduire le risque d’investir dans un forage mal positionné ou dans une profondeur choisie arbitrairement.

👉 Études hydrogéologiques pour les professionnels au Maroc

👉 Technologies de recherche d’eau souterraine – Allo Eau

Le forage permettra ensuite de confronter l’interprétation à la réalité du sous-sol.

Et l’essai de pompage permettra de commencer à répondre à une autre question fondamentale :

comment cette ressource réagit-elle lorsqu’on l’exploite ?


Et si nous ne trouvons pas suffisamment d’éléments favorables ?

Cela arrive.

Et il faut le dire.

Chez Allo Eau Maroc, nous rencontrons des terrains très favorables, des terrains complexes et d’autres sur lesquels les investigations réalisées ne permettent pas d’identifier une cible suffisamment convaincante pour conseiller sereinement au propriétaire d’investir dans un forage.

Nous pourrions toujours donner un point.

Commercialement, ce serait facile.

Professionnellement, ce serait parfois irresponsable.

Une étude n’est pas sérieuse parce qu’elle conclut systématiquement :

« Forez ici. »

Elle est sérieuse lorsqu’elle donne au propriétaire les informations nécessaires pour prendre une décision — y compris lorsque la décision raisonnable consiste à ne pas forer, à réaliser des investigations complémentaires ou à rechercher une autre solution d’approvisionnement.

Cette objectivité fait officiellement partie des engagements d’Allo Eau Maroc. (Allo Eau Maroc)


Trouver l’eau est notre métier. La respecter fait partie de nos valeurs.

Chez Allo Eau Maroc, nous vivons de la recherche d’eau souterraine.

Nous pourrions donc considérer que plus il y a de forages, mieux notre activité se porte.

Ce n’est pas notre conception du métier.

Nous continuerons à rechercher l’eau, à étudier les terrains et à accompagner les projets de forage lorsqu’ils sont justifiés.

Mais nous pensons également que l’avenir ne peut pas consister à forer partout, toujours plus profond et à pomper toujours davantage.

L’avenir passera probablement par une combinaison de solutions : meilleure connaissance des nappes, études hydrogéologiques avant forage, pompages correctement dimensionnés, irrigation plus efficiente, gestion équitable et partagée de la ressource, réutilisation des eaux usées traitées, récupération des eaux pluviales, dessalement et respect de la réglementation.

Le CESE résume finalement très bien l’objectif : une utilisation de nos ressources en eau qui soit durable, efficiente et équitable. (CESE)

Car une nappe épuisée ne signifie pas seulement moins d’eau.

Elle peut signifier moins d’agriculture, des investissements perdus, moins d’activité, des emplois fragilisés et des territoires ruraux qui perdent progressivement leur capacité à faire vivre leurs habitants.

L’eau que nous trouvons aujourd’hui est aussi celle dont quelqu’un aura besoin demain.

👉 Nos valeurs et nos engagements – Allo Eau Maroc

👉 Nos articles, médias et ressources sur l’eau


Pour aller plus loin

Les lecteurs souhaitant approfondir le sujet peuvent consulter directement les données de l’Agence du Bassin Hydraulique du Tensift sur les eaux souterraines, l’avis du CESE consacré à l’exploitation durable, efficiente et équitable des ressources en eau ainsi que les données officielles sur le développement du dessalement au Maroc.


Pierre Cabana
Fondateur – Allo Eau Maroc
Recherche d’eau souterraine • Études hydrogéologiques et géophysiques • Accompagnement avant forage
📞 06 60 10 75 57

Allo Eau Maroc · YouTube Allo Eau Maroc · Facebook – Détection Eau Souterraine

Trouver l’eau est notre métier. La respecter fait partie de nos valeurs.

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